Un jour de plus...

Les petits rien qui font que la vie est agreable

jeudi 14 avril

La ville verticale

J'ai toujours vecu ici. Je suis né il y a une trentaine d'années, dans la petite clinique du 15ème, escalier 12. A l'époque déjà la cité s'étendait sur la falaise. Cette alternative a la crise du logement avait apporté un peu d'air frais. Nous étions toujours entassés les uns sur les autres, mais de cette manière on pouvait en entasser beaucoup plus. Bien sûr il y avait les chutes, mais cela participait la "sélection naturelle", et au bout du compte, seuls ceux qui avaient bon équilibre survivaient. La morphologie des habitants avait également évolué : ils s'étaient tassés à force d'emprunter les escaliers, et leurs cuisses avaient pris de grandes proportions. Seuls les notables avaient la clé d'accès aux ascenceurs qu'ils empruntaient plus souvent qu'à leur tour, pour montrer leur pouvoir au petit peuple comme nous.

La ville se trouvait sur une falaise au bord de l'océan, d'une hauteur sans fin. Rongée par les vents et le sel, elle vieillissait plus vite que de raison. La rouille envahissait tout, et les fonderies n'avaient pas assez de matière première pour tout remplacer. Encore une fois, les notables profitaient, dans leurs appartements toujours très bien entretenus, de notre travail. Quant à eux, nos logements étaient sales, toujours humides, troués par la corrosion. Il n'était pas rare de passer au travers du plancher en fer et de se retrouver pendu dans le vide au-dessus de la maison du voisin. Meme nos lumières étaient ocres. Il nous arrivait de nous demander s'il existait une autre couleur. La ville toute entière était marron. Sans parler du bruit, les chocs contre le métal se propageaient d'un bout à l'autre sans fin, nous devenions fous. Il nous arrivait descendre dans les plus bas fonds de la cité et de rêver à l'océan qu'on devinait encore en-dessous, sous les brumes, et d'un bateau qui pourrait nous emmener loin vers de meilleures conditions. Personne n'avait jamais réussi a l'atteindre. Il paraît qu'au début, la falaise n'était pas creusée par les vagues, et qu'on pouvait descendre, au prix de quelques heures de marche, tremper les pieds dans l'eau, et rêver a la Liberté. Aujourd'hui la mer avait creusé dans la roche une cavité de plusieurs kilomètres impossible a franchir. Nous étions prisonniers de la cité, impossible de fuir, ni par le bas, ni par le haut sans fin. Les côtés enfin étaient impraticables, constitués de grandes dalles en rocher friable. Plusieurs avaient essayé de les franchir, nous en avions vu, mais invariablement, au bout de quelques metres, une prise se détachait, et ils plongeaient dans le grand vide.

J'occuppais un petit duplex, a l'exterieur. Les plus riches avaient droit aux logements contre la falaise. Il y avait la place en haut pour un lit étroit, en bas un evier, une tole soudée au mur faisant office de table, une petite chaise. Pour aller me coucher, je devais sortir côté océan, et par la petite échelle de barreaux, gagner l'écoutille de ma chambre. Pas de garde fou, pas de filet. Un faux pas, une glissade, et c'était la grande chute. Un peu de magie aussi quand, certains soirs de pleine Lune, la brume masquant la masse de la cité, une petite brise me caressant le visage, je restais pendu à mes barreaux plusieurs heures, à rêver que je pouvais toucher le ciel. A rêver que j'avais le pouvoir de voler.

A force de rêver, on fini par y croire. Je m'étais confectionné un attirail, avec les plumes que les mouettes qui montaient jusqu'à notre hauteur laissaient tomber sur les toits, dans les grands escaliers ou sur les passerelles qui formaient les différents niveaux. Au bout d'une dizaine d'années j'en avais suffisamment. J'attendais le grand soir, un soir d'été où le soleil vient réchauffer l'immense grotte creusée par l'océan sous la cité, créant un courant d'air chaud qui pourrait me porter au sommet de la falaise. Le soir venu, je sentis le vent chaud sur mon visage. Vêtu de mon attirail, je sautai dans le vide, en route pour la Liberté. Happé par l'air chaud, je planais, m'élevant lentement au-dessus de la cité rouillée, sale et puante, qui se réduisit bientôt a un tout petit point loin en-dessous de moi. Je fini par dépasser le sommet de la falaise, pour me poser dans un pré.

En rigolant comme un gosse, couché dans l'herbe, les yeux dans le vague, je me dis que j'avais réalisé mon rêve. J'avais touché le ciel.

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lundi 06 décembre

Perte de réalité

Ca faisait une éternité j'errais dans ce désert.... J'en avais oublié le but même de ma quête... Je croisais simplement de temps en temps quelques bédoins, avec qui j'arrivais à échanger des informations, le chemin vers le puits le plus proche, ou dans le pire des cas, je devais troquer un des objets de mon sac à dos, montre, bijoux de pacotille, contre un peu d'eau au fond d'une outre... Ma survie... C'était assez amusant de constater, que finalement ma vie ne valait guère plus qu'une poignée de dollars, des vieux trucs usés, rouillés, pleins de sable. Et cette vieille photo, dans la poche, sur le côté. Une vieille photo toute usée, elle-aussi, aux tons sépias, les bords rongés par le temps, par les doigts entre lesquels elle était passé. Sur cette photo, un visage, délavé, presque effacé. Une chimère, après laquelle je cours dans ce désert depuis... Depuiscombiende temps ? J'ai oublié.. Des jours ? Des mois ? Comment savoir. D'elle je n'ai jamais sur que son nom, mais sa beauté diaphane m'avait ensorcelé dès les premiers instants... Voilà, ce que j'étais venu chercher, ici, au fond de ce désert. J'avais perdu sa trace dans les ruelles étroites et poussiéreuses de Nouakchott. Elle semblait avoir passé quelques temps ici, avant de partir dans la direction des dunes sans fin du désert Mauritanien. Une existence irréelle.. Tout le temps que j'avais passé à courir après son ombre, des confins glacés du Nord Septentrional aux lames salées de l'océan, jusqu'aux entrailles du souk, elle laissait toujours la même impression aux gens qui l'avaient aperçue : une beauté glaciale, éthérée... Impersonnelle.. Et moi, pauvre fou, je courais après ce spectre livide, seule cette photo me maintenant en contact avec la réalité, fil de plus en plus ténu, ligne de vie...
Au delà des dunes, du sable, des petits buissons, je ne voyais plus qu'elle, pas de place pour les couchés de soleil fabuleux, pour les caravanes, pas de temps, non plus au pays de la lenteur. Seule comptait ma quête. Garder contact. Non. Perdre pied. Céder à ma folie.
Arrivé en haut d'une dune, je la vis enfin.. Elle était là. Le ciel avait pris une autre couleur, et les nuages s'étaient allongés, comme si d'un coup, le temps n'avait plus eu de prise sur la Terre... J'avais brisé le fil.

Quelque part, dans le désert Mauritanien, un vent, un souffle, un carré de papier blanc qui se pose sur le sable...

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mercredi 01 décembre

Occupé

Je vacquais à mes occupations quotidiennes pour lesquelles on me verse un salaire plus que dérisoire. Depuis plusieurs années, les lois démographiques ne répondaient plus à aucune prévistions des statisticiens employés par la Grande Commune. Je devais m'estimer parmi les plus heureux de la cité si je pouvais avoir cet emploi de presse papiers. Mon poste consistait donc à être assis toute la journée, une planche posée entre une pile de papier à défroisser et mon humble postérieur. Il faut dire que les Grands Médecins m'avaient depuis tout petit destiné à ce travail : javais un arrière-train relativement plat. On m'avait donc fait suivre des études d'immobilisme, et je pouvais facilement me tenir dans n'importe quelle position des heures durant sans éprouver aucune gène.

Mais ce jour-là, une envie pressante m'avait poussé à me lever de ma planche, sauter le mètre de papiers sûrement très importants qui stagnaient sous mon postérieur pour rejoindre la cabine de toilette la plus proche. Avec le grand Bon Démographique, la Grande Commune avait décidé d'en supprimer une grande partie, toute la place non nécessairement vitale avait été réassignée. La carte avait été dressée par les Architectes les plus compétents de la Cité en matière de bâtiments biscornus, mais certainement pas en terme d'utilité publique. On pouvait donc passer des heures à tourner et tourner sur les passerelles de la Cité, prendre le Fil, même, avant de trouver un endroit où se soulager.

Ce jour-là, j'avais donc tourné, et tourné et tourné. Il faut préciser que pour des raisons d'hygiène, les cabines de toilette étaient régulièrement déplacées, parfois même toutes les 5 minutes. C'était dans le décrêt sur l'hygiène R-214, et ça permettait en outre de faire travailler quelques personnes. Je finis donc par trouver la nouvelle toilette la plus proche après plusieurs heures de Fil. J'entrai à l'intérieur, descendais mon pantalon et m'appretai à prendre place sur le trône, exactement de la même façon que je me posais tous les matins sur les documents à presser, au moment même où un individu entra brusquement. C'était sûrement un de ces Grands  Ingénieurs, à voir son air pincé et préoccuppé, la grande serviette de cuir qui semblait peser une tonne, mais surtout sa main gauche accrochée à son front ne pouvait pas me tromper. Tous les Grands Ingénieurs étaient droitiers. On avait aboli l'usage de la main gauche lors de la Grande Uniformisation. On avait accroché leur main gauche au front, dans un souci d'économie d'énergie, puisque tous se grataiant le front d'un air perplexe sans arrêt. Il était donc entré en coup de vent, comme tous semblaient le faire, et sans aucun trouble de conscience quant à ma présence ici. "Monsieur, cette toilette est à moi, permettez ? Je l'avais vue le prmeier, de plus il est évident, vu la forme de votre postérieur, que ma fonction est supérieure à la votre, donc, si je puis me permettre, mon temps est également bien plus précieux que le votre, et d'ailleurs par cotre négligence, vous avez déjà fait perdre à la Cité l'usage d'une bonne quinzaine de secondes de mon cerveau. Vous me semblez bien égoïste et peu regardant de l'avenir de la Grande commune. Sur-ce, veuillez replier vos affaires, ouste, merci, j'ai à faire". Je n'avais pas eu le temps d'esquisser le moindre mot que je me retrouvais déjà à la porte ma toilette, et pendant ce temps, le papier, mon papier, se refroissait sans que personne n'y puisse faire quelque chose. J'étais désespéré, et outragé par l'arrogance de cet esprit prétendu supérieur. Quel besoin avaient-ils de se sentir supérieurs ?

J'ai donc actionné le bouton d'évacuation, et monsieur le Grand Ingénieur est parti directement rendre visite aux égoûts.
Depuis, on m'a viré, mais je peux toujours payer les loyers du 3 pièces que j'occuppe dans une cage d'ascenceur, au 35 de l'avenue du Progrès. J'ai retrouvé un bon job : je suis déménageur de toilette.

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mardi 30 novembre

Deux heures et demi avant minuit

Il reste deux heures et demie avant minuit... La nuit est tombée depuis longtemps. Le froid m'engourdit tout le corps. Surtout les doigts et le nez, à vif. Je remonte les pavés luisants de la rue Carmillon. La pluie vient tout juste de s'arrêter, la ville est déserte, les petits ampoules de l'éclairage municipal distillent une lumière cuivrée. Le poids des années, et la rouille... J'ai l'impression de traverser une ville fantôme, qui aurait traversé la seconde moitité du XXè siècle d'un seul coup. Seuls les habitants ont marqué les années. Je croise une grand-mère, courbée. Aucun mot échangé, juste un sourire timide... Je me retourne, elle a déjà disparu. Je continue à remonter la rue, je tourne à Baravielle, puis Reboutu. Au loin les lumières sur les collines avoisinantes clignotent, pour signaler les petites vies qui se déroulent, là-bas, petite trace d'insignifiance... Je tourne encore, continuant à monter la colline. Je croise une jeune femme, la peau très lisse, pure, claire. Elle passe sans me voir, les yeux dans le vague, d'une beauté atemporelle, elle ne semble pas marcher sur le sol luisant... Je la regarde passer dans un léger souffle, qui me glace le visage encore plus. Je ne sens plus mes doigts. Je continue à marcher, et petit à petit, je passe les dernières maisons, les derniers lampadaires, aussi... Finie la lumière cuivrée, place au teint blafard de la Lune presque pleine, qui guide mes pas de plus en plus engourdis.... Je crois une petite fille, en unfiorme d'écolière, les cheveux blonds comme les blés.. Elle sautille et chantonne, en redescendant de la forêt de sapins.. Tout comme la jeune femme, elle ne me voit pas et laisse un souffle glacé en me croisant.... Je vois mes mains, mes doigts sont bleus banquise, avec une legère transparence cristalline... Je marche, encore, vers la forêt, les premiers arbres, et cet air toujours plus glacial. Je ne sens plus me membres, et je m'enfonce, dans cette forêt sombre, si sombre.....

Il reste deux heures et demie avant minuit... La nuit est tombée depuis longtemps. Le froid m'engourdit tout le corps. Surtout les doigts et le nez, à vif. Je remonte les pavés luisants de la rue Carmillon. La pluie vient tout juste de s'arrêter, la ville est déserte, les petits ampoules de l'éclairage municipal distillent une lumière cuivrée. Le poids des années, et la rouille... Une petite affiche déchirée est aposée sur le mur, juste sous la lumière.. Je ne l'avais jamais vue... Elle a l'air de dater de plusieurs dizaines d'années, le papier est complètement jauni... A.v.. .. re.he..e... C'est un avis de recherche... Une photo, délavée, livide.... Un jeune homme, sur la photo.....

Moi

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mercredi 24 novembre

La Chute

"Je savais exactement ce qu'on ressentait - la longue chute, son accélération si effrayante que l'esprit ne peut l'accommoder, et tandis que cette effarante vitesse se fait plus distante, le cerveau sombre dans une résignation muette, exceptée cette question sans réponse : est-ce que ça va faire mal ? Moi aussi, une fois, j'ai expérimenté cette interminable chute, tête la première.
Pure bénédiction, il n'était alors plus temps d'avoir peur. La vie m'échappait à une telle rapidité que je n'avais pas le temps de m'y agripper, seulement d'enregistrer, muet, ce qui se passait, apaisé par ma propre impuissance. J'avais ressenti un faible sursaut de colère avortée, un vague ressentiment devant une telle injustice, avant de plonger presque aussitôt dans le noir, écrasé par l'impact dans une inconscience indolore. C'est seulement en m'éveillant, et en luttant pour émerger dans une conscience brumeuse et choquée, que j'avais commencé à sentir la douleur.
Avec la résignation m'était venu un sentiment de paix, comme une bulle de tranquilité qui m'abritait de la violence tourbillonnante de la chute. Je m'étais facilement abandonné à ce calme, acceptant sans révolte mon impuissance. C'était fini. Cette paix n'était troublée que par une frayeur sourde et douloureuse. Rien d'autre : pas de terreur, pas de hurlement frénétique pendant la chute - juste une paralysie résignée."
Joe Simpson, La Dernière Course

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mardi 23 novembre

Coup de chaleur (3)

En ce jour de juillet, il y avait quelque chose dans l'air de spécial. Comme ces journées où vous savez qu'il va se passer quelque chose. Le ciel était d'un bleu presque noir, et l'atmosphère annonçait un évènement particulier. Je ne savais pas quoi, mais je le sentais, et les autres habitants aussi. Le sheriff était parti peu après midi, alors que le thermomètre indiquait près de 50°C. La polulation commençait à s'affoler : d'après les légendes, ces grosses chaleurs annonçaient la venue de grands malheurs. C'est ainsi que le shériff parti tel le messie qui allait les sauver. Mais qu'est-ce qu'ils croyaient, les bouseux ? Que Belzebuth allait surgir avec les flammes de l'enfer à sa suite ? Que la température allait monter jusqu'à ce que tout s'embrase ? Ce qui me chagrinait le plus, c'était que Morgane n'était pas loin d'y croire, à toutes ces conneries de paysans reclus, et il me fallut près de deux heures pour lui expliquer que ce genre de choses arrivaient, et comme j'étais un qui avait vu du pays, elle finit par me croire.

J'avais rencontré Morgane pour la première fois cinq jours exactement après mon arrivée. Elle était la fille du libraire, un vieux type aigri, et elle tenait la boutique quand son père était ailleurs, c'est à dire la plupart du temps, car il passait ses journées soit avec le vieux Willie pour l'aider à finir sa bouteille, soit à essayer de s'en remettre, allongé dans un des nombreux champs de maïs qui entouraient le village. Comme je lisais beaucoup, notre rencontre fut inévitable, et facilitée par le fait que le paternel n'était clair qu'environ une heure chaque jour. Le fait également que mon job au bar ne me monopolisait en général que la soirée nous  laissait beaucoup de temps. Morgane était différente de toutes les autres filles que j'avais connu lors de mes pérégrinations. Elle était brillante et cultivée, à l'opposé de nombre de bimbos qui ne voyaient en moi que le moyen de combler leur solitude une nuit de passage. Jusqu'alors, aucune fille ne s'était intéressée à moi autrement qu'en me considérant comme le pouilleux de passage. C'est peut-être à cause d'elle que j'avais décidé de me ranger, et je peux dire que jusqu'à ce fameux jour de canicule, j'ai vécu une période des plus heureuses de ma vie, passant mes journées à la boutique avec elle, le peu de lecteurs du coin nous laissant tranquilles et seuls quasiment tout le temps.

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samedi 13 novembre

Le Tibet souffre !

En cette année de la Chine et des droits de l'homme, je voudrais vous faire part de la situation du Tibet.

La plupart des gens font souvent l'association Alpinisme - Himalaya - Tibet. Le Tibet c'est pour beaucoup de gens le Dalaï-Lama, Lhassa, les lamasseries, Tintin et le Migou, mais tout le monde n'est pas forcément au courant de ce qu'il advient réellement du Tibet de nos jours. De fait, la situation du Tibet est dramatique.

Le Tibet a été envahi par les chinois en 1949, et annexé en 1959. Il fait environ 5 fois la superficie de la France, compte 7,5 millions d'habitants chinois et 6 millions d'habitants tibétains. Plus d'un million de tibétains sont déjà morts sous l'oppression chinoise. Ce peuple et sa culture sont littéralement à l'agonie, en train de disparaître. Il est évident qu'il y a d'autres combats à mener partout dans le monde contre la torture, l'oppression, la violence, etc.. Alors pourquoi particulièrement le Tibet? Et bien d'une part parce que ma passion pour la montagne a forcément fini par me faire tourner le regard vers ce pays magnifique, d'autre part parce qu'en ce qui concerne le Tibet, on est en présence d'une culture basée sur la tolérance, la non-violence, valeurs qui font cruellement défaut dans notre monde actuel, et notamment dans notre culture occidentale.

C'est justement cette culture qui paraît être la source d'un autre problème au Tibet. En effet, il semblerait qu'une grande majorité de la population tibétaine ne soit pas réellement au courant de la situation du pays (le Tibet EST un pays, même s'il tend à être remplacé sur les cartes par la Zone d'Indépendance Tibétaine ou autres inepsies), et de plus elle est éduquée par le régime chinois, on lui apprend le goût typiquement oriental pour l'argent et le luxe... Cetains même croient que le Dalaï-Lama est mort, alors qu'il s'est exilé en Inde en 1959. Rappelons que le Dalaï-Lama a obtenu le prix Nobel de la paix en 1989.

Il parait pourtant incroyable que certains tibétains ne remarquent pas les mesures chinoises tant elles sont énormes : contrôle démographique avec avortements et stérilisations sur les femmes tibétaines, le chinois est la seule langue autorisée dans les écoles...
Les monastères sont dévastés, et il est interdit de détenir un portrait du Dalaï-Lama.. Imaginez si on interdisait les crucifix en France! Posséder un drapeau tibétain est passible de 7 ans de prison... Ce ne sont que des exemples de persécutions courantes... Sentences publiques, exécutions publiques.. Les droits de l'homme sont sans cesse bafoués...
La seule solution que trouvent les tibétains est de s'enfuir en Inde, en traversant des cols himalayens très hauts, au risque de perdre pieds, mains, jambes, voire même la vie.

La dévastation n'est de plus pas uniquement démographique, mais également écologique. En effet, le Tibet est une région très riche en or, pétrole, bois, et de multiples autres minerais, que le gouvernement chinois exploite sans aucune considération d'ordre écologique : 85% des forêts tibétaines ont aujourd'hui disparu.

La vérité, le courage, la détermination, la justice et la non-violence sont nos seules armes dans le combat que nous menons pour retrouver notre liberté d'être et de penser au Tibet.   Le Dalaï-Lama.

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vendredi 12 novembre

Coup de chaleur (2)

Il n'était pas étrange qu'il fasse chaud, au pays, mais à ce point c'était du jamais vu, c'en était même inquiétant. Aussi, et à la demande de la plupart des habitants, le sheriff O'Connell décida de se rendre à l'observatoire, où les plus éminents savants de la région avaient élu domicile. Je ne sais pas si le sheriff avait trop lu Tintin, ou si le soleil lui avait déjà trop tapé sur la tête, toujours est il qu'il éspérait "avoir des réponses scientifiques quant à la nature du phénomène". Je crois surtout qu'il avait encore trouvé une bonne excuse pour rejoindre sa maîtresse out en essayent de rassurer les bouseux du coin qui commençaient tout de même à faire un sérieux barouf pour pas grand chose.

J'étais arrivé en ville deux ans environ avant ces évènements. Je m'y étais arrêté parce que l'histoire du patelin m'avait amusé : il avait été entièrement reconstruit selon les plans de celui qui l'avait précédé au même endroit et qui avait été abandonné pour une sombre histoire de malédiction, à l'époque où les cowboys et les indiens se tapaient encore dessus, et où David Corckette abattait son premier ours. On m'avait filé un petit boulot de serveur au seul bar de la grand-rue. Au début les bouseux me regardaient d'un drôle d'air : vous savez ce que c'est, un étranger qui débarque dans le coin, c'est le mauvais oeil qui est pointé sur vous. C'est pour ça que j'avais pensé faire mon paquetage et tirer ma révérence après quelques mois, et reprendre ma vie de nomade qui à l'époque m'allait si bien... Mais finalement je m'étais fait quelques bons amis (et notamment le vieux Willie qui me prenait pour son fils parce que je le refilais son alcool préféré), et j'avais décidé de rester un peu plus que prévu. La chambre de bonne qu'on me louait à un prix dérisoire me permettait de joindre les deux bouts. Pas d'eau courante, un lit grinçant et une table bancale. C'était pas Byzance, mais il ne me fallait pas grand chose, du moment qu'il me restait de quoi acheter quelques bouquins et de quoi écrire... Je m'étais donc petit à petit fait à la vie du coin, aux coutumes étranges, à la langueur ambiante, et au bout de quelques mois, la plupart des habitants arrivaient à m'adresser la parole sans en ressentir une sensation de dégoût. D'un certain côté, ces gens étaient plutôt effrayants : ils ne sortaient jamais de ce trou perdu, et ils avaient parfois des comportements bizarres, mais d'un autre côté, ils m'étaient assez sympathiques, et le passé de leur village pouvait expliquer certaines choses. Et puis j'en avais un peu marre de traîner ma carcasse d'un océan à l'autre. J'avais vu des surfeurs en Californie, j'avais vu la Grosse pomme, mélange de merveilleux et d'inadmissible. J'avais même poussé jusqu'à Toronto, mais il faisait trop froid là-bas. J'avais vu Hollywood, la Nouvelle Orléans et le Mississippi, Salt Lake City, les montagnes...

Et là, dans ce trou perdu, en me regardant dans la glace, je me disais que j'avais peut-êter suffisamment roulé ma bosse, que j'avais vu assez de choses dans ma vie pour pouvoir me ranger, et ce petit coin endormi me paraissait être l'endroit idéal pour couler des jours tranquilles jusqu'à la fin de ma vie : cette vie loin de tout, loin de la modernité, du bruit et de la fureur des grands villes. Oui, c'est ça qui m'avait plu là-bas, cette impression de nulle part.

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lundi 08 novembre

Coup de chaleur (1)

Si j'avais su ce qui m'attendait, ou plutôt ce qui ne m'attendait pas au bout de cette route, croyez bien que je n'aurais jamais pris le volant ce soir-là. Il faut dire que ce que j'ai vécu ce soir de juillet a de quoi refroidir, et encore aujourd'hui, je fémis lorsque je prends ma voiture tard le soir. Je n'en reviens pas d'être toujours en vie. Je ne sais pas, un concours de circonstances incroyable (mais y'eut-il une part, aussi infime fut-elle, de croyable, cette nuit là ?) auquel je dois d'être toujours ici, et je ne souhaite à personne de vivre une aventure pareille...

C'était l'été. Il faisait chaud, une chape de plomb fundu jetée sur le pays. Aucun des habitants, même le plus vieux, si vieux qu'il avait oublié son âge depuis longtemps, n'avait jamais connu pareilles températurs. Les pneus de la vieille Buick de Bruncklebrett avaient même éclaté. Ce matin-là, les rues de la ville restèrent désespéremnt vides, à l'excpetion de quelques chiens errants qui, chassés de toutes les maisons de la rue principal, cherchaient un coin d'ombre sous le parvis boisé de la mairie. On avit dû aller chercher le vieux Willie qui était tombé en panne sèche au milieu de la grand-rue. Le vieux Willie n'avait pas de voiture, mais il se retrouvait souvent à l'arrêt, après avoir vidé sa bouteille de Whisky quotidienne. Pauvre type... Mais ce jour là on n'aurait pas pu attendre comme à chaque fois qu'il reprenne ses esprits dans la poussière et aille clamer haut et fort au poste de police qu'on lui avait encore tiré son biberon. Non, ce jour-là, si on l'avait laissé cuver, il ne s'en serait peut-être jamais remis. Il aurait littéralement cramé, peut-être se serait-il évaporé ou même aurait-il flambé comme une crèpe au Whisky, tout imbibé qu'il était. Quoi qu'il en soit, après avoir passé une heure en plein soleil, je crois bien qu'on aurait pu faire cuire des oeufs sur son crâne chauve.

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dimanche 31 octobre

Pourquoi la montagne ?

Pourquoi ?

- Pourquoi ? Mais qu'est-ce que je fous là, nom de dieu de bordel de merde !!
- ...
- Et arrête de me laisser redescendre, toi !!
- Ben allez quoi, c'est facile..
- Ta gueuuule [apeuré] ! Il tient pas ce coinceur je te dis. Quand j'me tire dessus ça fait crouiiiiiic et ça descend..
- Mais non, ça tient bien, allez !..
- Taaaa gueuuuule [ effrayé] ...
- Nan vas-y, ça...
- Taa guueuule j'te dis [irrité] ... Attends.. euhhh.. huuummmmmmpffffffffffff.. Sec, sec, sec... Putain, prends-moi sec là, qu'est-ce que tu fous bordel !!!!
- Bah tu vois ça tenait ce coinceur..
- Taaaa gueuuule [mauvaise foi] ....

Pourquoi ? Oui, pourquoi ? Qu'est-ce qui nous pousse, nous, individus moyens, faibles et trouillards, à aller se geler les couilles (respectivement les miches) là haut, là où il fait froid, là où y'a pas de chauffage, pas d'eau courante ni d'électricité, rien que des tas de cailloux surmontés de neige ou de glace, ou mieux, d'autres tas de cailloux ?

"Et dire qu'il y a des gens qui font ça par plaisir !" Capitaine Haddock, Tintin au Tibet.

Bah oui, c'est uniquement pour le plaisir qu'on va là-haut. Et du plaisir, on en prend, et ce de multiples façons.
Déjà, on prend plaisir à y aller pour toutes les raisons qui justement vous font dire que nous autres alpinistes sommes fous de le faire : parce que justement, il n'y a pas tout le confort nécessaire, parce qu'on y retrouve que des gens comme nous et pas les assistés qui ne fréquentent que les stations de ski avec télésièges débrayables, roulent en BMW parce qu'ils pensent que les voisins les envient, et finissent par crever d'une crise cardiaque à 40 ans parce qu'ils ont donné leur vie à leur boulot. Ce qu'on aime, c'est retrouver la simplicité de l'altitude, tout se réduit à quelques nécessités, manger boire, dormir, bouger, tout le reste est superflu. On peut se retrouver avec soi-même sans avoir à penser à son boulot, ou à comment on fait pour résoudre une équation différentielle du quatrième degré non linéaire.
On y va aussi pour le paysage. Vous n'avez qu'à vous rendre dans la galerie, voir ce que peuvent donner des photos de montagne prises à 4000 mètres d'altitude lorsque le soleil pointe le bout de son nez, et vous imaginerez sans peine ce qu'on peut réellement vivre quand on voit ce genre de paysages.

Il y a aussi bien entendu le dépassement de soi, le plaisir de pousser sa machine à ses limites. Vous n'avez jamais ressenti cette sensation de bien être lorsque, après un gros effort à l'extérieur et une bonne douche chaude, vous vous affalez dans un vieux fauteuil bien confortable ?
Sans oublier les souvenirs qu'on peut se forger... Qui peut soupçonner que faire fondre de la neige pleine de saletés dans une gamelle, les pieds cloqués par des coups de soleil et l'arrière train trempé peut devenir un souvenir impérissable gravé dans la mémoire?

Le dépassement recherché n'est pas uniquement physique, mais aussi mental : il faut combattre sa peur du vide, de l'exposition, de l'engagement. Oui c'est vrai, on recherche la solitude, on va pas se plaindre non plus de ne pouvoir compter que sur soi. Mais rassurez-vous, on ne se plaint pas, on assume à 100%, loin de pratiquer l'alpinisme Paris-Match, on se lance dans des choses à notre portée, et on sait faire demi-tour si nécessaire, quitte à supporter par après un léger (voire tenace) sentiment de déception et d'inachevé.
Et après tout, quoi de plus sympatique que de se retrouver complètement gelé dans un passage foireux, le dernier point d'assurage (un coinceur moisi posé comme on a pu dans du schiste, un rocher au coefficient d'éboulement effrayant) 20 mètres sous soi, les jambes qui commencent à tétaniser, pas de prises à l'horizon ? C'est dans ces cas là qu'un bon vocabulaire, comme disait Georges Livanos, est bien utile pour s'alléger un peu de la pression.


En fin de compte, je crois que tous les alpinistes ont un jour ou l'autre eu à décrire pourquoi ils pratiquaient l'alpinisme. Tant de réponses apportées, tant de motivations, pour finalement ne jamais se faire comprendre par ceux qui ne le voulaient pas. Aussi je trouve particulièrement adaptée la réponse pleine de bon sens et de mauvaise foi que George Leigh Mallory fit lorsqu'on lui demandait pourquoi il escaladait les montagnes : Parce qu'elles sont là.

Pour finir, je pense que quelques mots forts connus résument fort bien les motivations de l'alpinisme, à savoir le titre de l'autobiographie de Lionel Terray : Les Conquérants de l'Inutile.

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