vendredi 26 novembre
Etre un oiseau ?
Vous prenez souvent l'avion, vous ? En ce qui me concerne, je ne suis monte que 3 fois dans un de ces engins. La toute premiere fois, j'avais 19 ans. J'avais emmene un ami en montagne un ete, pour lui faire decouvrir les joies de l randonnee avec un sac monstrueux, des orages sous la tente a serrer les fesses, les franchissements de rimayes sans crampons, les nuits a plus de 3000... La douce lumiere du levant sur les Aiguilles Dorees... Et a son tour, il m'a emmene dans un tout petit bi-place (l'un derriere l'autre et pas possible de mettre une troisieme personne) pour un bapteme de l'air magnifique... Les deux fois suivantes, Airbus air France aller-retour pour Paris, avec un hublot a chaque voyage... Quelle vue ! Et cette sentation de liberte... Et ces emotions, aussi... en voyant au loin telle ou telle montagne... reconnaitre la route des Ecrins, Digne, Sisteron, Gap... Tout voir d'en haut... Ca donne envie d'etre un oiseau...
Je me suis souvent retrouve en montagne, a apercevoir un chocard perche sur un rocher, une arete, inaccessible... Il etait la, nous narguant depuis son perchoir... Mais quelle vue peut-il bien avoir de la-haut ? Et de repondre a cette question, poser des coinceurs, la corde, et finalement reussir a rejoindre cette plate-forme... Se prendre pour l'emplumé... Poser ses fesses, retirer le sac a dos, sortir le pain, un morceau de fromage... Respirer, regarder, profiter...

Eh oui... La vue est belle...
La vie est belle..
lundi 22 novembre
Cette année-là, Noël tombait bien, un peu vers la fin decembre...
Je déambulais, sans but precis, le tête dans les nuages... Le froid me saisissait le bout du nez, qui dépassait de mon écharpe... La neige tombait doucement, couvrant la ville de son manteau blanc et doux... Pour une fois, tout était très calme, silencieux... La nuit, la neige, le froid... Quel magnifique Noël ! Je m'arretai sur la place centrale, pour profiter de ces instants de bonheur fugaces... Observer la valse étrange des flocons, hésitant à tomber dans le ciel ou à remonter vers la terre, dessinant d'étranges courbes devant les luminaires... Au fond, la Cathédrale se détachait sur le noir céleste, donnant un aspect irréel a la scène... L'instant était magique, intemporel... Je m'attendais à voir Peter Pan descendre du ciel...
Finalement, c'est elle qui est arrivée... Elle a fait son entrée à l'autre bout de la place... Lentement, au ralenti, comme dans un rêve... Le silence s'est fait encore plus grand... Nous étions seuls sur les pavés, les pigeons s'étaient envolés, sentant l'exceptionnel instant arriver, ne voulant pas le gâcher... Elle s'est approchée, toujours lentement, de toute la grâce dont elle savait faire preuve... J'etais envouté....
Le ciel... Les flocons... Le manteau d'hermine tombe sur la ville... La nuit... Le calme, le froid... C'est magnifique, n'est-ce pas ?
Et délicatement, je l'ai embrassée...

mardi 16 novembre
Mais quel est ce sentiment ?
Vous connaissez cette personne... ou vous ne la connaissez pas... Mais il se produit une situation qui fait que d'un seul coup, vous éprouvez une sorte de pitié immense, une compassion qui vous décrocherait presque des larmes... Je me souviens de mon père, privé de Nutella parce que nous avions fini le pot.. Il n'était certaiment pas malheureux. Mais moi je l'étais à sa place, et je luttais pour ne pas pleurer.. Je ne comprenais pas... Parfois ce sentiment me reprend encore, sans savoir ourquoi, je suis immensément triste à la place d'une autre personne...
Compassion ? Empathie ? Je ne sais pas... Pourquoi je raconte ça ? Je ne sais pas non plus...
Peut-être parce que tout à l'heure j'étais triste pour cet enfant qui avait perdu sa peluche... Une vieille peluche comme on en a tous eu... Un petit ours ? Un chaton ? Aucune idée... Sûrement mille fois troué, reprisé, usé jusqu'à la toile.... Mais un bien si précieux...
Etaient-ce mes souvenirs perdus que je pleurais ?

lundi 15 novembre
La petite cabane perdue
Les gens qui vivent dans une certaine pauvrete technologique sont-ils malheureux ? Si vous partez au Mali, un des pays les plus pauvres de la planete, les gamins la-bas sont pauvres, mais heureux.

Il y a des jours ou je me reve une petite cabane, quelque part, completement perdue au bord d'un chemin oublie. Un tas de planches, juste ce qu'il faut pour s'abriter, une petite bicoque avec un poele, de quoi cuisiner, un lit, une table... Un potager pour subvenir aux besoins, de temps en temps aller au marche du village le plus proche, a un jour ou deux de marche... Est-ce un vieux reve, ne rien avoir d'autre que le necessaire, dans sa petite cabane perdue, ou bien une envie de solitude, de tranquilite ? Peut-etre un peu des deux... Une envie de fuir le monde, le bruit, la pollution, retrouver des valeurs simples, juste la vie, le plaisir des choses simples... Finalement, tout ce que je retrouve en montagne...
Rêvez, rêvez encore, et des chemins nouveaux s'ouvriront devant vous !
mardi 02 novembre
Nuits atemporelles
C'est vraiment fatiguant de trouver un titre, je trouve.. En même temps, trouver un titre, c'est presque trouver le contenu du message en lui-même... Voilà, je suis un peu...bizarre, aujourd'hui... Déjà d'une part, le boulot continue de m'occupper à plein régime (enfin, après tout, c'est ça, un boulot, non ?) et puis ce foutu décalage horaire, qui occuppe déjà 3 messages ici alors que je m'étais promis de pas en parler pour "pas faire comme tout le monde", mais y'a rien à faire, il fait nuit avant même d'être rentré à la maison, et si ça peut avoir son charme en été par exemple, la nuit en ce moment, quand il ne fait pas beau c'est un peu déprimant... Peut-ête que tout cela est aussi lié au Soleil et à sa fameuse vitamine D.
Là, juste maintenant, la nuit, ça me fait penser à Paris.. A Montmartre, sa rue Lepic, rendue célèbre par Jean-Pierre Jeunet, remontée à pied, calmement, loin de la fureur d'autres endroits, pas de voitures, un peu la campagne à la ville, les petites lumières, les gens amoureux serrés l'un contre l'autre pour se tenir chaud, les regards plongés l'un dans l'autre, noyés dans le bleu de leurs yeux...

C'est aussi ces moments conservés dans un coin de mémoire, des points de vue échangés avec une personne à qui j'aurais voulu ressembler, sur la place de la concorde, les ponts au-dessus de la Seine, des instants jamais re-vécus, ni avant, ni depuis...
La nuit, je suis sur dans un autre monde, dans un autre temps...
vendredi 29 octobre
Si j'arrive au virage avant la voiture, Manech est vivant !
Qui n'a pas connu de combat de gosse ?
Ces courses contre les tracteurs dans les champs, ces combats impossibles, contre le soleil, le vent, sur les chemins de terre, qui prenaient des allures de championnats du monde, pour arriver au bout de la rangée de maïs avant que l'hirondelle dépasse la ligne électrique... Si je gagnais, je courrais ensuite au ralenti, en hurlant dans ma tête les commentaires de la télé qui vantaient les mérites du nouveau recordman du monde : moi...
Parfois la course avait pour enjeu l'amour d'une fille de la classe... Si j'arrive à la maison avant que les lampandaires soient allumés, c'est qu'elle est amoureuse de moi !! Et dans ce genre de cas, le résultat n'était que rarement laissé au hasard de la performance.... Même si dans la cour, le succès n'était pas au rendez-vous... Je continuais d'y croire, parce que cétait si magique que ça ne pouvait pas ne pas marcher ! Que de combats menés pour l'avenir du monde, tellements plus exhaltants que de suivre la classe, propices à l'évasion... Courir a perdre haleine, se battre tel Don Quichotte, contre des moulins à vents, mais pour des choses qui s'appellent fierté, satisfaction, dépassement... Et par dessus tout, Imagination, bien sûr...

Aujourd'hui, j'ai perdu ma candeur, et je ne mène plus que des combats de tous les jours, gagner sa croûte....
Et retourner en montagne, me battre contre moi-même....
Au fond de moi, l'enfant ne sera jamais vraiment éteint...
jeudi 28 octobre
Ce qui serait cool...
Ce qui serait cool, la, maintenant, ca serait de pouvoir respirer un poil... Depuis quelques jours, j'ai vraiment pas mal de boulot, je dois egalement gerer l'arrivee d'un ptit nouveau dans l'equipe, et surtout on vient d'avoir un souci ce matin, et il faut reparer a toute vitesse, trouver des solutions temporaires, enfin, faire du travail pas tres satisfaisant a toute allure !!
Alors, du coup, je m'invente des histoires...
Je m'envoie aux Etats-Unis, sous le ciel du Missouri, en fin de journee.... Je suis tout seul, au milieu d'une immense prairie... Le vent s'est leve, et fait grincer une vieille eolienne rongee par la rouille, non loin de la. Le vent qui souffle legerement dans mes oreilles, mele aux couinement de l'helice forme une melopee etrange, calme, apaisante. Mes cheveux s'agitent doucement, le ciel s'embrase... Le vent forci, l'eolienne accelere, les nuages arrivent, emplissent le ciel, les cumuls se developpent... On pourrait bien avoir un orage, un de ces gros orages d'ete, qui fait trembler la terre pendant un petit qurt d'heure, vant de repartir, laissant le ciel propre derriere lui, cette luniere jaunatre caracteristique, et les odeurs qui montent du sol...

mercredi 27 octobre
Je venais de rentrer de l'usine, encore une journee a visser sur cette fichue Traction. Je me suis pose sur la terrasse, comme d'habitude, sorti ma Gauloise sans filtre, comme d'habitude, commaned mon blanc-cas', comme d'habitude. Il devait etre 5 ou 6 heures, et je regardais les gens passer. J'aime bien prendre le temps de voir toutes ces vies defiler devant moi... Je m'amuse a deviner... Celui-ci est directeur, ca se voit a sa mine préoccuppée, le front plissé... Celui-ci est mecano, avec ses mains toutes noires... Elle doit probablement etre la femme d'un riche homme d'affaire, avec ses parures, son air pincé...
J'en etais la de ma promenade mentale quand ils sont passés, un grand courant d'air, frais, brillant... J'ai essaye d'imaginer leur histoire... Il revenait d'un long sejour, elle qui l'attendait... Et les retrouvailles, febriles, presque malaroites...

Ce jour-la, l'amour est passé devant les yeux de gamin emerveillé que j'avais retrouvé...
samedi 23 octobre
Se souvenir...
Je n'ai pas beaucoup de souvenirs de mon enfance... Des photos qui me rappellent des instants magiques.. Les vacances, les cabanes dans les arbres, ....
Les souvenirs ne meurent pas, mais ils s'endorment...
Et avec ces souvenirs endormis, c'est une partie de notre existence qui se voile, un peu comme si on avait cessé d'existé pendant un certain temps, comme si on n'avait été qu'une ombre, disparue... Les journaux sont là, les archives, pour garder la mémoire de notre monde, de notre civilisation... Mais la mémoire des gens ? Qui s'en charge ?
Parfois une odeur... Le pain frais, le café au lait qui rappelle les vacances chez les grand-parents.. Ou une musique... Premier slow, premiers émois, premiers chagrins... Depuis que je m'en suis rendu compte, j'ai du mal à jeter certaines choses qui me tiennent à coeur... Exemple : mes chaussons d'escalade, troués, fichus, puants... Que je ne peux me résoudre à mettre au rebut, ils représentent mes débuts en montagne, la naissance d'une passion...

Toutes mes paires de chaussons, par âge de gauche à droite...
Le souvenir est quelque chose de particulier...
C'est la marque de notre existence...
Est-ce pour cette raison que j'ai ouvert ce blog ? Je n'ai pas de journal intime.. J'envie ces petites filles, qui, un jour ont écrit dans leur cahier... Des années plus tard, elles retombent dessus.. Rient, probablement... Et éprouvent une immence nostalgie, très sûrement... J'aimerais avoir une telle porte sur mon passé...
mercredi 20 octobre
Chiffon fétiche
Quand on est gosse, on a sa peluche qu'on traîne partout, on bave dessus, on la colle dans la boue, on balaye par terre avec, on rebave dessus, au grand damn de la maman qui passe son temps à tenter de nous l'arracher pour le passer dans la machine, mais nous, on veut pas, parce qu'arpès, il n'a plus la même odeur. J'ai remis la main il y a quelques temps sur la peluche de mon enfance, un petit ours du nom de Titus. Il est tout usé, rapé, quelques trous, mais il est encore en vie.. Je me souviens de ma mère lui recousant un oeil, de mon père lui fabricant de petits skis en bois pour qu'il puisse venir avec nous aux sports d'hiver.
Depuis que je vais en montagne, j'ai ce petit fétichisme de toujours emporter avec moi un bandana blanc. Il ne me sert pas particulièrement, à part à mettre autour du cou ou me protéger du soleil, mais je me dois systématiquement de le trimballer dans mon sac à dos, accroché à une bretelle, dans une poche de mes vêtements... Du coup, il devient comme mon Titus, trouvé, sale... Mais je ne me vois pas partir en montagne sans.. C'est peut-être devenu l'objet qui me rattache au monde d'en bas, quand je suis là-haut... Pour me rappeller de redescendre vivant (ce qui a failli ne pas arriver, un jour de mai 2003)
Et vous, avez-vous aussi un objet fétiche ?